Artistes · Octobre 2026

Dorothée Delaye, de la Riviera à Rio pour Monoprix

Collection Aura Tropicale de Dorothée Delaye pour Monoprix : miroirs, table de chevet, lampe, pouf, plateau et bougeoir en bois et pâte de verre
Sommaire · 4 parties
  1. 01De La Rochelle au Roucas-Blanc
  2. 02Du Monte-Carlo Beach au Mimosa
  3. 03Des meubles qui portent le nom des vents
  4. 04Aura Tropicale pour Monoprix : Rio 1962 en sept pièces

Au bord de la piscine olympique du Monte-Carlo Beach comme dans un ancien hôtel de Noailles, à Marseille, Dorothée Delaye part de ce qu’elle trouve sur place, l’histoire d’un site comme l’artisanat d’un quartier. Pour Monoprix, l’architecte d’intérieur signe sept pièces en bois sculpté et pâte de verre, réunies sous le nom d’Aura Tropicale et en vente à partir du 8 décembre 2026. Cette fois, elle ignore où iront ses objets. Elle s’est donné un lieu : Rio de Janeiro, en 1962.

De La Rochelle au Roucas-Blanc

Avant les hôtels, il y a eu la publicité. Originaire de La Rochelle, Dorothée Delaye commence dans la direction artistique, puis passe par l’École Boulle.

Elle vit vingt-cinq ans à Paris, y fonde son agence et travaille une dizaine d’années pour l’hôtellerie et la restauration, avant d’ouvrir un second bureau à Marseille, rue Saint-Jacques, au début des années 2020. La ville n’a rien d’une découverte : son voilier y était amarré depuis une quinzaine d’années. Sa maison est perchée sur la colline du Roucas-Blanc, face à la mer, et c’est elle qui a nourri sa première collection de mobilier.

Dorothée Delaye, architecte d'intérieur, assise sur un canapé blanc devant une bibliothèque
© Dorothée Delaye

De ce va-et-vient, elle a tiré une étiquette, le Parisian Riviera Style : une élégance de ville qui aurait pris le soleil du Sud. La formule est commode. Elle dit moins bien ce qui fait son travail, une façon de partir de ce qui est déjà là.

Du Monte-Carlo Beach au Mimosa

Elle l’a résumé en une phrase dans un entretien à Toutma : « Ce qui m’intéresse, c’est l’histoire d’un lieu, pas d’y apposer une signature. »

Au Monte-Carlo Beach, l’hôtel balnéaire de la Société des Bains de Mer, elle a repris la brasserie Le Deck et les abords de la piscine olympique, dévoilés le 14 avril 2025 pour l’ouverture de la saison. Elle est partie de l’histoire du site : les transats et les cabanes, en bois massif et toile rayée, prolongent l’esprit d’un club de plage presque centenaire.

À Marseille, l’Amista a ouvert en 2025 dans le quartier de Noailles, à la place de la Maison Saint-Louis et de sa façade à têtes de lion. Le projet fait une place à l’artisanat marseillais, et les têtes de lit comme les rideaux sont taillés dans les tissus provençaux d’Ariane Dalle.

Au Mimosa, c’est la cuisine qui donne le ton. Pour la table méditerranéenne que Jean-François Piège a ouverte en octobre 2021 avec le Moma Group à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, le plafond prend la forme d’une coque, l’acajou verni regarde du côté des runabouts Riva et des suspensions en forme d’hélice surplombent de grands canapés verts. La grande fresque murale est de Justine Rossetti.

Des meubles qui portent le nom des vents

Avant d’avoir sa propre collection, elle dessinait déjà des meubles pour les intérieurs qu’elle aménageait. À Hossegor, pour Iconic House, elle transforme la villa néobasque que Louis Lagrange avait construite au bord du lac, ouverte en juillet 2022. Fauteuils, chevets, miroirs et table de salle à manger y sont dessinés sur mesure, puis réalisés par un ébéniste de la région.

Sa première collection, Habiter sur l’eau, présentée à la Paris Design Week 2024, part de sa maison marseillaise. Ses meubles sont édités en exclusivité par The Invisible Collection, et la plupart portent le nom d’un vent de Méditerranée. Le canapé et le fauteuil Zéphyr ont des accoudoirs en vague et l’assise généreuse des années 1970. La table basse Levant, en chêne massif, a un plateau travaillé en marqueterie, où le bois reçoit des inserts de céramique ou de quartzite ; elle repose sur quatre pieds sculptés en ondes.

En 2025, à l’occasion de la Frieze Week et de PAD London, The Invisible Collection lui consacre son premier solo show au Royaume-Uni, A Bigger Splash. L’exposition part de Pantelleria, l’île volcanique entre la Sicile et la Tunisie : la pierre de lave y côtoie le bois sculpté, la céramique, le mohair et le paisley. Delaye y formule ce qu’elle attend d’un objet : « Il est important que chaque objet ait une présence, une posture, presque une attitude. »

Aura Tropicale pour Monoprix : Rio 1962 en sept pièces

La collection fait partie du deuxième chapitre de Monoprix Design, dévoilé pendant la Paris Design Week en septembre 2026. Cinq signatures s’y partagent les rayons : le Japonais Ryuichi Kozeki, le studio Friedmann & Versace, Marion Mailaender, Léa Zeroil et Dorothée Delaye. L’enseigne multiplie les collaborations cette saison, de la collection des quarante ans du musée d’Orsay au retour d’Antik Batik.

Visuel de campagne Monoprix x Dorothée Delaye : la collection Aura Tropicale dans une pièce aux murs rose terracotta

Delaye décrit une collection nourrie du Rio de Janeiro des années 1960 et 1970, de la bossa nova et de la lumière du littoral brésilien. Sur Instagram, elle a été plus laconique : du bois sculpté, de la pâte de verre et « Rio 1962 dans un coin de la tête ». L’année a au moins un repère du côté de la bossa nova qu’elle cite : c’est en 1962 qu’Antônio Carlos Jobim compose, dans sa maison de la rua Barão da Torre, à Ipanema, la musique de Garota de Ipanema, sur des paroles de Vinicius de Moraes.

Les sept pièces tiennent dans une chambre. Sur le visuel de lancement, pris dans une pièce aux murs rose terracotta, on reconnaît un petit miroir mural en goutte et un grand miroir à poser au sol, à glace ovale. À côté, une table de chevet à tiroir sur un piètement trapézoïdal évidé, coiffée de sa lampe au pied à facettes et à l’abat-jour en pyramide, puis un pouf à l’assise moutarde passepoilée de blanc, un plateau et un bougeoir en cône. Le bois est taillé à pans coupés et semé d’éclats de pâte de verre aux tons de rose, d’ocre et de crème, qui affleurent à la surface sans ordre apparent. Le tropique passe par la couleur de ces éclats ; les volumes, eux, sont massifs, presque architecturés.

Le rapprochement avec ses pièces d’édition se lit dans le traitement des matières. Sur la table Levant, les inserts de céramique dessinent une onde dans le chêne ; pour Aura Tropicale, la pâte de verre est semée en éclats, et la couleur prend une place plus décorative. Le vocabulaire reste sculptural jusque dans le bougeoir et le plateau ; c’est sans doute ce qui donne à ces petits objets la présence qu’elle réclame pour chacun.

La collection sera en ligne sur monoprix.fr le 8 décembre à minuit, puis dans une sélection de magasins à partir du 9. Pour la voir en vrai, le pop-up Monoprix Design s’installe à l’Espace Commines, 17 rue des Commines, dans le 3e arrondissement de Paris, du 9 au 12 décembre de 10 h 30 à 20 h, et le 13 de 12 h à 18 h. Sur l’ensemble des cinq collections, les prix démarrent à 10,90 €.

Jusqu’ici, Dorothée Delaye partait de ce qu’elle trouvait sur place. Avec Aura Tropicale, le trajet s’inverse : ce sont sept objets qui doivent apporter un lieu, et une année, jusque dans des chambres qu’elle ne verra pas.

Publié le Artistes

Écrit par

Fondatrice de Panastema, elle s’est formée au design graphique à l’École de Condé, puis au marché de l’art à Paris.

Tous ses articles
Bougie dans un drapé rougeFeuillets glissés dans chaque étuiBougeoir Véraison sur une table dresséeMèches à l’atelierBougie sur une étagère verte, près d’un cadrePlaque 1% for the Planet